Baur

De Terre et de Soie

Marie-Laure Guerrier et In-Sook Son

18 septembre 2019 - 19 janvier 2020

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Marie-Laure Guerrier et In-Sook Son. Telles sont les deux créatrices contemporaines que la Fondation Baur a choisi de réunir durant quelques mois dans le cadre d’une rencontre inédite, au croisement des arts de la céramique et du textile. Les deux artistes ne se connaissaient pas et rien ne laissait présager cette jonction dont l’intérêt et le charme s’imposent toutefois au premier regard.

Aux accords « culturels » et chromatiques rapprochant les deux artistes, s’ajoutent une manière semblable et rare de jouer avec les transferts de matériaux – céramique, textile et peinture – une soif aussi d’explorer tous les possibles de leurs métiers respectifs. Vibrants, dynamiques, séducteurs, comme des soieries dansant avec la fluidité de l’air, certains revêtements des pièces tournées de l’artiste française Marie-Laure Guerrier frappent par leurs aspects textiles : les formes élégantes, coupes ou vases, s’animent en effet au rythme d’un enchainement de facettes, plissures, échancrures. Dans ce jeu de métamorphoses, que dire encore de la poésie de ces si fins paysages de fils, peintures et dentelles tout à la fois, qui semblent du point de vue technique repousser jusqu’à leurs confins les potentialités expressives de la céramique.

À la douceur des céladons, aux lumineux émaux, rouges et blancs, aux poignants grès cristallisés de la céramiste, l’univers de In-Sook Son, brodeuse coréenne établie à Séoul, répond avec majesté, baigné des matériaux et des couleurs traditionnels de la Corée, par « des peintures de soie » d’une virtuosité troublante. Afin de pouvoir continuer de réinventer à son gré un artisanat séculaire, elle décline le titre prestigieux de « Trésor national vivant », et, tout en poursuivant depuis l’enfance le chemin de ses ancêtres, rénove son métier en profondeur. Diversifiant la palette et les épaisseurs des fils, revisitant la technique et l’utilisation des points de broderie, elle parvient en effet, tant est subtil son rendu de la profondeur, à enchevêtrer pour le plus grand bonheur des yeux, les frontières entre les arts. Paravents de fils, marqueteries de broderie, pojagi en trompe-l’œil, les œuvres choisies par la Fondation Baur, qui pour beaucoup d’entre elles, voyagent pour la première fois depuis Séoul, transgressent tous nos repères et nous ravissent.

Des avancées techniques et un foisonnement créatif acquis à l’épreuve de la persévérance, une réflexion spirituelle, toujours en alerte, sur l’esthétique et le sens de leur travail, tel est donc, dans les contextes pourtant si différents de leurs vies, ce qui unit ces deux grandes dames.